Le manipulateur ou pervers narcissique, et si on prenait un peu de recul ?

la Jalousie

Le manipulateur ou le pervers narcissique est un sujet de plus en plus en vogue dans les magasines, réseaux sociaux, médias… Un sujet que je considère très intéressant et important d’aborder mais pas de n’importe qu’elle manière.

En effet, je constate que ce sujet d’actualité est bien souvent traité de la même façon : le manipulateur ou pervers narcissique est décrit comme une sorte de personnage monstrueux et sanguinaire en quête d’une proie à dévorer. Ce qui me met dans un état d’alerte car je considère cette approche non constructive et pas toujours aidante pour les personnes qui reconnaissent dans la description du manipulateur ou pervers narcissique, un conjoint ou un proche.

Je vous propose donc d’aborder ce sujet avec un angle d’approche différent et dans lequel, je l’espère, certaines personnes pourront trouver des pistes pour mieux prendre soin d’elles…

1- Petit point d’éclairage avant de commencer
2- La définition du pervers narcissique ou du manipulateur
3- En quoi cette définition peut être un problème ?
4- Comment en arrive-t-on à vivre ce genre de situation ?
5- Comment sortir de cette spirale relationnelle ?
6- Comment se libérer de ce genre de relation et faire en sorte que cela ne se reproduise pas ?

 1- Petit point d’éclairage avant de commencer

Tout d’abord, je remercie les nombreuses personnes qui abordent ce sujet car je sais que tout part d’une belle intention de vouloir contribuer et soutenir le bien être des personnes qui souffrent de relations compliquées et conflictuelles. Et c’est d’ailleurs les mêmes besoins que je tente de nourrir en moi.

Pour faire une petite parenthèse sur mon expérience relationnelle, je peux affirmer que j’ai vécu en couple avec certains hommes qui correspondaient au descriptif du manipulateur ou pervers narcissique. Je me suis même reconnue à une période de ma vie dans le descriptif d’une personne dépendante affective. Donc je suis sensible à ce sujet…

 Ce qui me pousse à écrire cet article aujourd’hui c’est que bien souvent, les informations qui sont dévoilées sur ce sujets stimulent plus un sentiment d’alarme, d’urgence chez le lecteur sans pour autant l’aider à comprendre comment ce genre de situation peut se mettre en place. Car soyons clair, ce n’est pas une question de malchance si nous vivons ce genre de relation. Cela se construit petit à petit et nous sommes deux à la construire. Un bourreau ne peut exister sans victime et vis et versa.

 2- La définition du pervers narcissique ou du manipulateur

Un pervers narcissique est une personne qui a une image dévalorisante d’elle-même et qui se valorise en rabaissant les autres. Voici quelques descriptions que l’on peut trouver sur le net et qui servent à l’identifier. Un pervers narcissique :

  • Culpabilise sa victime en la rendant pour elle seule responsable d’une situation
  • Est très critique, jugeant, dévalorisant voire humiliant
  • Sait également se montrer au petit soin pour que la victime puisse s’accrocher à quelque chose de positif dans la relation
  • Vous éloigne subtilement de votre entourage pour avoir une meilleure emprise sur vous
  • Peut être très jaloux
  • Fait du chantage et parfois des menaces
  • Ment
  • Adore que l’on parle de lui, il aime accaparer l’attention
  • Peut changer rapidement de visage en fonction des personnes qu’il côtoie

De manière générale, une personne qui vit avec un pervers narcissique se sent parfois seule, triste, stressée, apeurée, impuissante… Elle se juge elle-même parfois nulle, stupide, incapable et faible. C’est pour cela que malgré le fait qu’elle ne soit pas heureuse, elle ne trouve pas le courage de quitter cette relation.

 3- En quoi cette définition peut être un problème ?

Je ne dis pas que les faits énoncés ci-dessus sont faux, là n’est pas la question. D’ailleurs, cette liste peut être d’une aide précieuse pour prendre conscience que les situations décrites ne sont pas “normales”. Reconnaître en l’autre les caractéristiques du pervers narcissique peut apporter dans un premier temps du soulagement car il est possible de mettre enfin des mots sur la souffrance vécue. Cela peut aussi aider dans le sens ou la personne ne se sent plus seule, elle sait que cela existe et qu’il y en a d’autres qui traversent ou ont traversé ce qu’elle vit et peut donc obtenir une écoute et du soutien.

Ce qui pose problème c’est que si l’on reste focalisé sur ce type de discours : “c’est un pervers narcissique”, “je suis une victime”, nous nous emprisonnons et étiquetons les personnes dans un rôle défini. Si on reste collé à cette étiquette du “pervers narcissique”, il n’est pas possible de se connecter humainement à elle pour aller voir au delà des apparences. Voir que c’est aussi un être qui souffre mais que les stratégies qu’il emploie pour combler ses besoins ne sont pas saines car elles ne prennent pas en compte les besoins des autres.

Si dans une relation nous considérons que l’un est bourreau et l’autre une victime, il ne peut pas y avoir libération car pour pouvoir se libérer, il faut pouvoir reprendre sa responsabilité : la responsabilité de ses choix et de ses actes.

4- Comment en arrive t-on à vivre ce genre de situation ?

“Il est séduisant, charmeur et il me faire rire. C’est tellement bon de recevoir autant d’attention de sentir que je plais à l’autre. Il dégage un tel charisme et je ressens une forme d’admiration envers lui. Je me sens comme sur un nuage dans cette relation et également protégée.

Puis apparaissent les premières réflexions qui ne font pas du bien. Je laisse passer car ce n’est pas si important comparé au reste du temps où l’on est bien ensemble. Puis les réflexions reviennent mais un peu plus souvent, un peu plus durement mais je n’ose rien dire car une part de moi se dit qu’il a raison. Lorsque c’est trop douloureux ou que je ressens une forme d’injustice, je démarre le dialogue mais son argumentaire est meilleur que le miens. Même quand je ressens de l’injustice dans certaines situations j’en arrive à mettre de côté ma souffrance pour me focaliser sur la sienne.

Dans la manière dont il me parle, je me sens parfois comme une moins que rien. Plus la relation avance et plus je me sens éteinte, inintéressante et même si je suis de plus en plus souvent malheureuse, j’ai trop peur de le quitter et de me retrouver seule. Et puis on sait jamais, il peut changer, la relation peut s’améliorer…”

Comment est-il possible d’en arriver là ? Je me suis souvent posé cette question. Le pire c’est que s’il ne m’avait pas quitté pour une autre je ne suis pas sûre que j’aurais eu la force de mettre fin à la relation car à l’époque, je n’avais aucune conscience de mes modes de fonctionnement, mes blessures, mes croyances… Cette personne passait son temps à appuyer là où ça faisait mal mais je n’en avais pas conscience.

D’ailleurs en discutant avec d’autres personnes ayant vécu des relations similaires, ont s’est rendu compte que le partenaire en question pouvait être totalement différent dans une autre relation. Je connais même un homme qui a vécu avec une femme qui avait des comportements de “pervers narcissiques” envers lui et quelques années plus tard cette même femme subissait dans une autre relations ces mêmes comportements.

Ce qui à mon sens tente à démontrer que ce n’est pas la personne qu’il faut blâmer mes plutôt les actes. Car nous avons tous en nous ce potentiel de manipulation que ce soit dans le cadre amoureux, familial, amical, professionnel… Ce qui tend à prouver également qu’un “pervers narcissique” ne l’est pas forcément toute sa vie, contrairement à ce qui peut être dit à certains endroit sur la toile.

L’autre est un miroir qui reflette nos peurs, nos blessures, nos croyances

Imaginons que vous êtes une femme et que j’essaie de vous persuader de toutes les manières possibles que vous êtes un homme. Allez-vous me croire ?

Il me semble que non. Et vous n’allez pas me croire car vous savez au fond de vous, vous avez la certitude que ce que je dis est faux, peu importe la situation. Bien entendu, il est plus facile d’être touchée par les paroles ou les actes d’un proche car il y a une dimension affective.

Maintenant, si je vous dis que vous n’êtes pas très intelligente, ou pas très jolie, ou que vous n’êtes pas très organisée, ou étourdie… Est-ce que vous avez en vous la certitude que ce que je dis est faux ou est-ce qu’il y a une part de vous qui croit ce que je dis ?

Tout ça pour en venir au fait qu’une personne n’a pas le pouvoir de nous blesser ou de nous faire du mal, sauf si nous croyons ce qu’elle dit, sauf si nous lui en donnons l’autorisation. Car si vous étiez convaincue de votre véritable valeur, si vous aviez en vous une confiance, une grande estime de vous-même, personne nous pourrait vous ébranler.

Une personne qui s’aime profondément ne pourrait tolérer qu’on lui manque de respect.

Prenez un temps ici et maintenant pour vous poser ces questions :

Qu’est-ce que je crois à propos de moi-même ?
Quels sont les jugements intérieurs que je peux me faire ?
Quelles sont les critiques, les reproches que je m’inflige par moment ?
Est-ce que j’ai tendance à avoir des paroles valorisantes à mon encontre ou suis-je plutôt dans la dévalorisation de moi-même ?
Est-ce que j’écoute et respecte mes désirs et mes besoins ou est-ce que j’ai tendance à les mettre de côté, les renier ?
Est-ce j’écoute mes sensations corporelles, mes émotions ou est-ce que j’ai tendance à les ignorer ou lutter contre ?

Toutes les pensées et les croyances que vous avez à propos de vous-mêmes vont influencer de manière inconsciente votre façon d’être et de vous comporter avec les autres.

Et parlons des pensées, des croyances que vous pouvez avoir à propos de l’amour, des hommes, des relations amoureuses, du couple…

Est-ce que vous croyez qu’une relation harmonieuse et respectueuse existe ou que ce n’est pas complètement possible ?
Est-ce que vous pensez que vous méritez le meilleur ou vous contentez-vous de ce qui vient à vous ?
Vous accordez-vous le meilleur de manière générale ?
Si je vous dis : “Les hommes sont…” Quels sont les mots qui vous viennent pour compléter cette phrase ?

Toutes ces pensées que vous entretenez dans votre tête, ces croyances dirigent votre attention en direction d’évènements et de situations qui correspondent à vos pensées. Ce qui est vicieux dans tout ça c’est que les évènements et les situations qui correspondent à vos pensées vont renforcer des mêmes croyances et ces mêmes pensées.

Prenez 1o secondes pour observer autour de vous tout ce qu’il y a de rouge dans la pièce où vous vous trouvez. Observez bien tout ce qui est rouge et ensuite fermez les yeux. Pouvez-vous me dire tout ce que vous avez vu de bleu ? Difficile puisque vous étiez focalisé sur le rouge.

C’est pareil avec vos pensées, si vous avez des pensées qui ne vous font pas du bien, vous n’allez voir que les choses qui vont renforcer ces pensées. Il est donc important de choisir les pensées qui vous font du bien.

 5- Comment sortir de cette spirale relationnelle ?

a) Clarifier ses désirs, besoins et aspirations

Prendre conscience que l’on a des désirs, des besoins quotidiens et des aspirations me semble être l’une des première étapes. En tant qu’être humain, vous avez des besoins fondamentaux. Ces besoins sont la source de votre équilibre et de votre bien-être. Vous connaissez probablement les besoins basiques liés à notre survie tel que le besoin de manger, boire, respirer, bouger… Mais connaissez-vous vos besoins liés au relations ? Le besoin d’amour, d’écoute, de connexion, de compréhension, de respect, de considération, d’appartenance, de douceur, de soutien, de coopération, de bienveillance… La liste est longue !

Il est donc essentiel de conscientiser ses besoins, d’écouter ses désirs et de focaliser sur ses aspirations pour pouvoir vous accorder vous-mêmes l’écoute, la considération, le respect et l’amour que vous méritez.

Pour vous aider à prendre conscience et à clarifier vos besoins et vos désirs, je vous offre ici la “liste de ma relation amoureuse idéale” pour rédiger clairement vos critères amoureux.

Cliquez ici pour la télécharger

b) Prendre soin de ses désirs, besoins et aspirations

Une fois que vous avez clarifié ce qui est vraiment important pour vous, que vous êtes focalisée sur ce qui est cher à votre coeur, il faut passer à l’action ! Vous êtes la personne la plus qualifiée pour prendre soin de vous-mêmes. Si vous ne vous accordez pas suffisamment d’amour et de respect, pourquoi une tierce personne s’en donnerait plus la peine que vous ? (Je vous dis ça avec beaucoup d’amour <3)

Il est donc important dès aujourd’hui de poser de petites actions quotidiennes qui vont vous aider à prendre soin de vous-même, à vous sentir bien dans votre tête et votre corps. Des actions qui vont vous aider à reprendre confiance en vous, à mieux vous aimer et à réaliser à quel point vous êtes une personne unique et extraordinaire.

c) Prendre du recul et recevoir du soutien

Je sais à quel point ce genre de situation amoureuse peut être engluante. Lorsque l’on à la tête dans le guidon on ne sait pas toujours quoi faire et par où commencer. D’ailleurs on en a pas forcément l’énergie et la peur des conséquences peut nous freiner. C’est pour ça que le soutien est primordial ! Entourez-vous de personnes en qui vous avez confiance et qui peuvent vous donner l’énergie et le courage pour sortit la tête hors de l’eau (amis, familles, groupe de soutien ou groupe d’entraide, thérapeutes…)

La prise de recul est aussi importante pour avoir les idées plus claires et se donner du temps pour réfléchir à ce que vous êtes en train de vivre. Prenez par exemple des jours de congés ou un we loin du conjoint pour réfléchir au calme et observer la situation sous un nouvel angle.

6- Comment se libérer de ce genre de situation et faire en sorte qu’elle ne revienne pas ?

S’il n’y a pas un véritable travail de fond, la même situation risque fortement de se reproduire dans le futur, que ce soit avec un autre amoureux ou toutes autres relations (famille, travail, connaissances…).

La connaissance de soi est une clé fondamentale pour pouvoir construire des relations plus harmonieuses.  D’abord avec soi-même et ensuite avec les autres.

Prendre le temps de mieux se découvrir, se connaître, se comprendre.

S’accorder du temps pour accueillir les facettes de nous-mêmes que l’on aime et celles que l’on aime moins.

Apprendre la tolérance, le respect, la patience, la bienveillance envers soi pour pouvoir ensuite transmettre ses valeurs aux autres.

Reprendre responsabilité et autonomie sur ce que l’on vit, ce que l’on est pour avoir la force de transformer les aspects de notre vie qui ne nous convienne pas.

Bref, apprendre à être bien avec soi-même pour être bien avec les autres. Pourquoi ?

Pour que la compagnie des autres soit un choix et non une nécessité.

Je vous souhaite une journée pleine de douceur pour vous-mêmes.

Chaleureusement
Aurélie

 

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1 Commentaire

  1. Je viens de rompre il y a deux moi avec une femme perverse narcissique qui a certainement trouvé une nouvelle victime, je trouve votre analyse tout à fait juste et réaliste, il n’est pas facile d’avancer ensuite (post-rupture) mais je vais déjà beaucoup mieux je reprends gout à la vie, je me suis donné au moins une année pour commencer à envisager autre chose, pour le moment mes pensées sont différentes et positives, mais il y a encore des moments où je repense à mon vécu avec cette PN, quel temps de perdu (six ans) car j’ai 53 ans et je ne vois pas pour l’instant m’engager à nouveau dans une relation alors que j’aime tant partager la vie, c’est dire quand même comme c’est terriblement traumatisant même une fois que l’on est sorti de l’emprise et de la dépendance, mais il est certain que je ne veux plus entendre parler de cette personne destructrice d’ailleurs le moindre objet venant d’elle (je n’en ai pas beaucoup) je m’en sépare.
    L’essentiel je pense c’est que je vais mieux aujourd’hui sans sa présence dans laquelle je ne me sentais vraiment pas bien du tout, mais quelque chose me poussait à aller vers elle, aujourd’hui je suis débarrassé de cette chose en question.

    C’est déjà bien.

    Merci à vous

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